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Big Aventure: Ebersheim-Gray-Ebersheim en Alizé par Fabien

(textes et vidéos de Fabien)

 

En cet hiver 2011/2012 une idée me trotte dans la tête, aller à la prochaine rencontre APULMA à Gray... oui mais en vol avec mon Alizé Ellipse. A partir de là l'hiver devient plus court, il faut faire des projets et il faut les réaliser alors je continue la préparation physique. Le brevet ULM n'est pas loin derrière moi, c'était en Août 2011 alors il me faudra quelques grands vols, ce que j'entrepris dès le mois de Mars 2012, plusieurs vols entre 100 et 150km en circuit sur les Vosges, sans problème. Et puis les mois passent, entre temps j'ai réglé pas mal de petits détails, ca va de l'instrumentation, à l'aile, au chariot, au groupe de propulsion, ca y est c'est prêt et la touche finale avec les carénages de nez et de roues envoyés par Ellipse, c'est tip top au sol et en vol. Je continue les derniers préparatifs avec le bilan poids pour déterminer ce que je dois et peux embarquer. Ce sera 8kg maxi, ce qui comprend une tente, un sac de couchage, la housse ULM, une trousse de toilette, un bidon d'huile, deux sandwichs, des compotes de fruit, des chargeurs, des outils. Mais la question qui arrive est comment charger tout cela... on verra car là je suis encore dans le garage et pas devant le problème, ce sera pour le matin du départ, départ si la météo est ok et si le pilote est dans ses bottes. Le samedi 11 la météo se présente bien pour le dimanche, l'échéance arrive...je mets le réveille pour 7h car la plateforme de départ est dans un corps de ferme qui fait aussi camping et là pas question de déranger avant 9h, c'est la consigne du chef local. Le dimanche matin je ne tiens plus, réveillé naturellement bien avant le réveil je vérifie les données météo pour l'allé et aussi pour le retour et puis go, je charge la voiture et part, tout le monde dort encore à la maison. Arrivée sur la base de lancement je prépare l'aile et le chariot, ensuite je dépose les paquets devant l'Alizé et tourne autour jusqu'à tout placer.

 



1 Prêt pour le tour du monde par ellipse-delta

 

Il est 11h30 quand je m'aligne sur la bande de décollage.

 



2 Décollage Départ Kogenheim par ellipse-delta

 

Pas de doute j'y vais et je rentrerai, c'est promis. Arrivée au dessus de mon premier relais, la base ULM de Soppe au coin sud-est du massif des Vosges à l'angle vis à vis de Mulhouse je sais que je franchis là un point de non retour, il faut continuer. Ma navigation est sommaire et j'ai tout de même prévu un ravitaillement à Montbéliard au sud-ouest de la base ULM de Valdieu que je passe. Le vol est agréable, la machine est douce et vivante, je suis confortablement installé devant le spectacle du monde, j'ai juste à me faire plaisir.

 



3 En route à l'aller par ellipse-delta

 

J'arrive par l'Est sur Montbéliard et surveille régulièrement le niveau d'essence, ma consommation me semble bien supérieure que lors de mes vols de préparation du Printemps, mais pourquoi. Et puis je fais la relation avec le décollage que je savais à assurer compte tenue de la charge supplémentaire, c'est le poids, c'est bien ça. D'après mon estimation visuelle il doit me rester 3 litres et je suis à l'entrée de la ville, mais la piste est de l'autre coté, la ville me semble immense, et rien de "posable" sauf la rivière. En théorie ca passe mais ca bouge à cause du vent et je ne veux pas risquer de déjauger. Dessous il y a une zone industrielle en construction avec encore de grand champs bien orientés au vent car ce vent est devenu fort, j'hésite, je m'avance, j'estime puis ma décision est prise je vais me poser la dessous et je vais le faire bien. Un parc en chaume en légère monté face au vent, ce ne doit pas poser de problème, effectivement tout va bien, le silence est revenu, il y a bien du vent, que faire maintenant... Je rapproche la machine de la nouvelle route principale de la future zone d'activité, elle est barrée de bout en bout, elle fait environ 200m entre deux ronds point, malgré les barrages il y passe de temps en temps voitures, motos, vélos etc... ca me donne une idée car le champ en chaume dans lequel je suis me laisse un peu perplexe quand à un décollage garanti surtout que j'ai maintenant bien la charge en tête, d'abord il faut trouver de l'essence, ensuite on verra. Je démonte le bidon qui fait office de réservoir, j'emporte ce qui me semble convoitable, je positionne l'aile avec le vent en 3/4 arrière et hop je saute sur la route, hé oui car le champ est bordé d'un énorme fossé, en le passant je comprends que je suis prisonnier de mon champ de chaume avec des ornières, heureusement dans le sens du vent, un peu de chance quand même. Sur la route il fait chaud, je me rends compte que la ville est loin, même les premières maisons, tant pis on y va, et puis je n'ai pas le choix, je marche vers la ville au loin. J'interpelle les rares passages pour savoir dans quel sens aller, quand je demande où est la prochaine pompe à essence on me dit qu'il n'y a rien de proche, ce que je ne comprends pas car en vol cela avait l'air si proche, au moins j'ai une direction, je marche. Au loin un buggy genre 250cc tout terrain, je l'avais aperçu juste après m'être posé et puis le revoilà, c'est un papa qui profite des routes encore barrées pour initier son jeune fils à la conduite, je fais signe et ils s'arrêtent, je discute et explique puis spontanément il me propose de me conduire le plus loin possible tant que l'on est sur une route fermée, arrivée au bout je demande ce qui me reste à faire, environ 3-4km, ca ira et là je vois dans les yeux du petit de 11ans qui regarde son père en disant "papa on l'emmène, hein dis papa ?" et hop le petit au milieu du deux places et roule petit bolide, ca descend de la colline, nous sommes comme en vol à l'air libre, avec le bruit du moteur dans le dos, c'est fabuleux. Une fois le bidon remplit on remonte avec la même angoisse de se faire arrêter mais on y va et ca passe, la machine est là tranquille dans le champ, je prépare tout tandis que le formidable gamin parcours le champ pour trouver la meilleures piste ou une sortie car il y une magnifique surface nivelée et assez longue...mais de l'autre coté du fossé, géant. Je fais des essais de roulage mais je ne suis pas convaincu, pourtant le vent est bien de face et soutenu, le roulage sera court...mais ca roule mal, je stoppe tout, je réfléchi, le papa et son fils me disent que l'on pourrait porter la machine au dessus du fossé, je regarde mais j'estime cela impossible, il faudrait être 4. Je refais des roulages et trouve enfin une ligne favorable. Sur ma gauche à 30m la nouvelle route, magnifique, inaccessible. Avant de mettre les gaz je regarde les chaumes et je me dis que pour couper le blé il faut venir dedans alors je commence à rechercher l'entrée du parc, le champ est légèrement bombé ce qui fait que je ne voyais jamais l'extrémité descendante vers l'Est, j'y vais à pieds et juste avant la lisière je découvre un chemin allant sur le fameuse route, sauvé. Je retourne en courant à la machine, j'explique à mes aides ce que je vais faire, ils sont aussi heureux que moi, c'est formidable. Le papa et son fils se positionnent au bout Ouest de la "piste" juste avant le rond point, ils couchent le panneau de signalisation temporaire, c'est le signal, je fais ACHEVER complet et gaz... je survole mes amis que je salue en ressentant une grande émotion, puis j'assure une montée en 360 en local et route vers le Nord pour contourner Montbéliard dont je ne verrai jamais la piste du dessus. Je me sens libéré, simplement heureux, je n'ai pas faim, ni soif, je n'ai même pas pensé à boire ou manger alors que j'avais de quoi, on verra ce soir, il faut avancer car je ne suis qu'à mi parcours des 198km. Maintenant je sais que je dois économiser pour arriver en une fois compte tenu du vent et de... la charge. Alors je cherche les meilleures altitudes pour la meilleure vitesse sol, les km décroissent au GPS, je suis impatient d'arriver, à l'horizon je vois des gros nuages avec me semble-t-il des rideaux de pluie, à 15km du but je cherche des yeux la piste de Gray, à 10km je la vois, bonheur, je me détends et pose après un passage et une approche dans les règles.

 



4 Local Gray 3 par ellipse-delta

 

Je roule, ca fait bizarre. J'arrive devant des personnes un peu étonnées car sur le coup ils ne doivent pas savoir d'où je sors, d'où je viens, qui je suis. Nous faisons connaissance. Pendant 3 jours j'ai durant toute cette petite aventure découvert des pilotes qui aiment avant tout le vol, la nature, le partage, volant ou pas, qui réparent, restaurent mais volent toujours dans leurs têtes, ca fait du bien, merci. Je m'installe sommairement avec les quelques affaires que j'ai emporté. Je partage des bons moments avec le groupe de l'apulma et avec eux un diner durant lequel on refait le monde car il n'est pas tout bien. Je suis aidé dans tous les sens, c'est bon.

 


 

Le lundi je commence à réfléchir au choix du moment pour le retour, le beau temps est annoncé jusqu'à mercredi soir puis dégradation. Ma femme qui fait mon pc météo de la maison me tient précisément au courant des évolutions le lundi soir et le mardi matin tôt, la journée du mardi semble optimale, je décide de ne pas jouer la dernière carte du mercredi, je garde mon joker. Je remballe tout à l'identique de l'aller, c'est plus facile, presque automatique. Puis je passe au bar de la piste pour un dernier café, eau gazeuse, énorme glace au chocolat, quelque céréales natures. Un petit tour pour saluer mes nouveaux amis et en route, je n'hésite pas, je suis convaincu qu'il faut y aller, c'est maintenant. Je me mets en piste après un ACHEVER bien rond puis ca décolle, passage au dessus des mes confrères et cap à l'Est, l'air est chaud et je monte lentement, mais j'ai le temps.

 



5 Décollage Départ Gray par ellipse-delta

 

La ligne des Vosges se détache petit à petit, ce sera Belfort puis Soppe. Plus tard, le GPS m'indique Soppe à 10km, je cherche mais en vain, je ne vois pas encore le terrain, il faut dire que je n'y suis passé qu'une seule fois et dans l'autre sens, puis tout à coup je vois que le compas du gps semble figé, je change de cap et confirme que le compas électronique est gelé, certainement la batterie et il ne me reste presque plus d'essence, je ne suis pas loin alors je cherche des yeux mais j'ai du mal à garder mon calme alors je ne trouve pas, je réfléchis à la meilleure solution alors j'essaye de l'éteindre une première fois, puis une seconde et enfin à la troisième tentative il coupe, je bascule sur l'accus de secours et relance le GPS, active la route, fais next point jusqu'à pointer sur Soppe et youpi ca marche, je suis à 7km de Soppe, je me détends et cherche devant moi et visualise la piste sur un petit plateau, bonheur, le terrain est bordé par une grosse ligne HT, la piste ne semble pas plate, j'ai le choix car le vent est quasi nul , soit j'arrive face à la ligne soit j'arrive avec elle sur mon coté droit, je choisi cette deuxième option car j'ai le sentiment de mieux contrôler la situation, personne au sol, il faut poser et bien ce que je fais sur une surface accueillante, il me reste environ 3 litres, tout va bien.

 



6 En route sur le retour 3 par ellipse-delta

 

Le village est tout proche mais avant de me mettre en marche je pense à téléphoner à Jean Claude moniteur local qui habitant à 45mn de là met tout en œuvre pour trouver et m'envoyer de l'aide, je dois préciser qu'ils ne me connaissent pas, ne m'ont jamais vu, c'est comme cela qu'arrive Pierre pilote de Savanna qui m'offre 15 litres de 98sp puis Jean Paul moniteur paramoteur qui m'offre un panaché, c'est où le paradis ? Ravitaillements en essence, boisson et aides faits c'est parti pour ACHEVER un décollage sur un doux gazon, après une bonne prise d'altitude cap au Nord pour 1h30 de glissade dans la plaine d'Alsace qui se termine vers 18h30 à Kogenheim. La Big aventure s'achève dans le calme du soir, je pose, j'appelle mon pc et je commence à ranger avec déjà des souvenirs plein la tête de 3 jours d'aventures humaines et d'émotions. Le vol c'est des hommes et des machines qui font corps. Mes amitiés à tous ceux qui étaient là, aussi une pensée à mon moniteur qui m'a sans le savoir accompagné dans les phases délicates, et qui avec mon président ont cherché à me joindre voyant ma voiture immobile sur la base pendant plus d'un jour, avec le souci qui relie les pilotes.

 



7 Fin de la big aventure APULMA 2012 Gray par ellipse-delta

 

En trois jours j'ai fais environ 10h de vols et 450km sur un pendulaire Alizé avec une aile Fuji, confortablement installé pour piloter avec plaisir, un vrai ultra léger motorisé accessible à tous. Une balade peut être si simple mais remplie d'évènements et d'émotions, sans cela rien n'a de sens, je ressens la chance d'être là et de faire cela un peu plus d'un siècle après les premiers aéroplanes de Blériot, Lindberg, Mermoz, St Exupéry, Guillaumet et tant d'autres. Rien n'est et ne doit devenir banal pour notre bonheur et notre sécurité, pour bien voler il faut être heureux et voler rend heureux.

 

Fabien G.